Louis Pasteur dans son laboratoire, peint par Albert Edelfeldt en 1885 (détail).
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Louis Pasteur (1822-1895) appartient au Panthéon de la recherche scientifique française. Il est l’une des figures de notre culture et l’Institut qui porte son nom fait partie de notre paysage. Il a laissé l’image d’un chercheur actif et efficace – la découverte du vaccin contre la rage étant le plus connu de ses résultats –, enraciné dans une vie austère et désintéressée.

Pourtant, un travail récent de l’historien des innovations Gabriel Galvez-Behar laisse supposer que les archives existantes ont été sélectionnées pour confirmer l’image du grand homme alors que son rapport à l’argent paraît plus ambigu qu’il n’y paraît.

En quête d’argent public

A l’âge de 50 ans, Louis Pasteur se met en quête d’une « récompense nationale », un dispositif rarement accordé qui consiste à octroyer une pension exceptionnelle versée par la nation. Grâce au soutien du médecin devenu député Paul Bert, il obtient le feu vert de l’Assemblée qui lui octroie 12 000 francs, une somme correspondant alors au traitement d’un professeur de la Faculté des sciences. Un poste qu’il venait de quitter en faisant valoir la fatigue causée par ses travaux et l’hémiplégie qui le frappe depuis plusieurs années.

Pasteur se met en quête d’une « récompense nationale », un dispositif rarement accordé

Le chercheur est également en permanence en quête d’argent public pour ses expériences et sollicite plusieurs ministères – Instruction publique, Agriculture – ainsi que l’Académie des sciences.

Le scientifique qui s’attache à faire breveter ses inventions montre qu’il entend tirer des ressources financières de ses innovations. Dans l’historiographie pasteurienne, on raconte que le savant a établi des brevets pour être certains que personne d’autre n’en profiterait avant de les faire tomber rapidement dans le domaine public, au bénéfice de tous.

Des brevets rémunérateurs

L’enquête précise de Gabriel Galvez-Behar montre que jusqu’à la fin des années 1860, les premiers brevets déposés par Pasteur sont courts et écrits de sa main, sans professionnalisation et n’étaient a priori pas destinés à une exploitation économique.

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A partir de 1871, Pasteur entend monnayer ses découvertes

Mais Pasteur dépose en tout six brevets d’invention en France auxquels s’ajoutent sept certificats d’addition (qui précisent les inventions) montrant, à partir de 1871, une rupture de stratégie, avec recours à un spécialiste et dépôts de brevets sur la bière à l’étranger (Allemagne, Autriche, Belgique, Egypte, Espagne, Etats-Unis, Italie, Grande-Bretagne, Prusse) dans l’objectif clair d’une exploitation commerciale.

Certes, le chercheur marquait ainsi son sens de l’innovation dans le domaine scientifique mais il ouvrait également la voie à la valorisation de ses travaux par des espèces sonnantes et trébuchantes.

Pasteur, l’entrepreneur

Les derniers doutes quant à l’intérêt de Pasteur pour les questions financières tombent lorsque l’on s’aperçoit qu’il a aussi été un chef d’entreprise bien en cours avec les banquiers de l’époque.

Il fonde en mars 1873 la Société des bières inaltérables, au capital de 250 000 francs, avec 19 actionnaires, principalement des banquiers, représentants du Crédit foncier et du Crédit Agricole en tête. Pasteur amène de son côté les revenus de ses brevets qui lui sont payés 150 000 francs, plus 20 actions lui donnant droit à 20 % des bénéfices, sans oublier un traitement annuel de 25 000 francs.

Le Crédit foncier sera également l’un des artisans de la création de l’Institut Pasteur en 1883, d’abord créé comme société anonyme avant que le Conseil d’Etat n’impose un changement de statut plus conforme à la reconnaissance d’utilité publique. Entre avril et juin 1883, Pasteur créé trois sociétés supplémentaires destinées à exploiter ses autres découvertes.

Il a aussi été un chef d’entreprise bien en cours avec les banquiers de l’époque

Gabriel Galvez-Behar résume bien les résultats de son enquête : « tout comme l’analyse fine de la correspondance de Pasteur remet en question son prétendu désintérêt pour l’argent, tout comme celle de ses brevets nuance largement sa prétendue volonté d’enrichir seul le domaine public, l’analyse précise de la création de la Société des bières inaltérables ébranle largement le stéréotype selon lequel Pasteur se serait refusé à commercialiser ses découvertes ».

Qu’a fait Pasteur de l’argent gagné ? Il a largement réinvesti dans le champ scientifique afin de pouvoir mener des recherches plus risquées et il a récompensé ses collaborateurs. A sa mort, sa succession s’élève à un peu plus d’un million de francs, ce qui le place parmi les 15 % d’universitaires français les plus riches mais derrière les grandes fortunes des brasseurs d’affaires, trois fois plus importantes.

Les héritiers de Pasteur ont visiblement tenu à effacer la dimension économique et financière de son parcours de recherche, sa correspondance commerciale a ainsi quasiment disparu. Mais Pasteur était bien, il y a plus d’un siècle, un scientifique aussi entrepreneur qu’entreprenant.

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